Vous trouverez ci-dessous la traduction de l’épisode de podcast Be Your Change produit et réalisée par Juliette Roy.

Juliette vit aux Etats-Unis depuis 2012. Après 5 ans à San Franicsco, elle habite aujourd’hui à Los Angeles. Passionée par l’économie solidaire, le mouvement zéro-déchet, la mode éthique et durable, et l’impact social des entreprises, elle a lancé son podcast Be Your Change afin de partager son observation des tendances américaines dans ce secteur. Elle souhaite partager des conseils et astuces pour que tout à chacun puisse participer à construire un monde équitable, et durable tournée vers l’écologie, l’environnement, la fin du gaspillage et la distribution des ressources et savoir.

Le podcast est produit en anglais, mais nous avons décidé d’en faire une traduction en français afin d’en faire bénéficier nos lecteurs francophones.

Cet article est traduit par Auriane Mathieu, professeuse de français à San Francisco.

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Vous écoutez Be Your Change, le podcast qui imagine un monde dans lequel vous souhaiteriez vivre. Je suis votre présentatrice, Juliette Roy. Be Your Change traite des décisions que nous pouvons prendre, chaque jour, à différents niveaux, dans nos vies, à notre rythme, pour participer à la création d’un changement positif.

Chaque choix que nous faisons a son importance. Nous pouvons modifier la manière dont nous dépensons notre argent en consommant mieux et moins, réaliser un effort supplémentaire pour favoriser une ouverture d’esprit, choisir les cercles dans lesquels nous évoluons, décider de vivre parfois non connectés, et de choisir les histoires que nous écoutons. Chaque geste a son importance et les actions mineures peuvent avoir un important impact social dans le monde.  

Dans notre premier épisode de Be Your Change nous portons notre attention sur les déchets, plus spécifiquement les déchets plastiques. Chaque année, huit millions de tonnes de déchets plastiques sont déversées dans nos océans. C’est environ le contenu de cinq sacs de grande surface remplis de plastique pour chaque pied de ligne côtière dans le monde. Des pays décident d’agir. En France, les assiettes et verres en plastique jetables sont interdits. La capitale de l’Inde, Delhi a introduit une interdiction du plastique jetable.  Mais ici, aux Etats-Unis, ⅔ de nos déchets atterrissent à la décharge. Certaines villes, comme San Francisco, sont plus efficaces que d’autres.

ROBERT REED — San Francisco génère entre quatre et cinq milles tonnes de déchets par jour. Recology accède à plus ou moins la moitié de ces déchets. Robert Reed est le porte-parole de Recology, une coopérative qui recycle et composte les déchets urbains. Recology est présente sur environ quarante-cinq sites sur la Côte Ouest des Etats-Unis.

ROBERT REED: Deux milles à deux mille cinq cents tonnes américaines de déchets sont manipulées et gérées chaque jour par Recology (of the portion that we touch??).Nous recyclons et compostons la plupart de ces déchets.

Robert nous précise que Recology reçoit le contenu d’environ cent camions poubelles par jour. Il nous informe du fait que 80% des déchets de San Francisco évitent ainsi la décharge.  L’idée est que, sur la totalité des déchets générés par San Francisco, 80% sont réutilisés, réduits, recyclés ou compostés et que les reste seulement, est envoyé à la décharge.

Leur objectif est zéro déchet. Mais les objets comme les pailles en plastique et les verres en polystyrène ne peuvent être recyclés. Robert nous dit que c’est NOUS qui devons prendre part à la réduction de la quantité de déchets finissant à la décharge. 

Ceci nous mène à notre invitée principale: Stéphanie Regni, fondatrice de FillGood, une entreprise zéro déchet qui offre un service de recharge de produits cosmétiques et de nettoyage à San Francisco. FillGood récupère et livre des récipients sur le pas de votre porte. J’ai discuté avec Stéphanie des objectifs de son entreprise d’éliminer les déchets plastiques à usage unique et de sensibiliser le grand public à la pollution plastique. Stéphanie m’a confié avoir été inspirée à lancer le projet FillGood lors d’un cours au centre Recology.

Juliette: Bonjour Stéphanie, bienvenue.

Stéphanie: Bonjour. Merci de m’accueillir dans votre émission.

Juliette:  Merci de prendre le temps d’être notre invitée.

Stéphanie: Bien sûr.

Juliette:L’idée vous est venue alors que vous participiez à un atelier de recyclage de déchets.

Stéphanie: Oui, exactement. La coopérative Recology est connue mondialement pour sa capacité à gérer les déchets et pour son taux élevé de recyclage. L’idée m’est venue alors que je débattais avec une personne de mon cours du fait que les récipients réutilisables étaient idéaux car ils permettent d’éviter les emballages et de réduire énormément les déchets. J’ai moi-même implémenté cette idée à la maison. Lorsque je fais les courses, j’utilise mes récipients. J’ai réalisé qu’il n’y avait pas d’offre suffisante de produits cosmétiques ou de nettoyage en gros. On peut se procurer beaucoup de produits alimentaires en vrac mais les produits ménagers et cosmétiques en gros sont rares. Je me suis donc demandé pourquoi ne pas lancer un projet dans ce domaine. Il est compliqué d’imaginer apporter des récipients au magasin. Il faut manifester une motivation importante. J’ai parlé de cette démarche à mes amis et aux personnes de mon entourage. J’ai remarqué que c’était une démarche hors de leur portée. C est ainsi qu’est née l’idée de la livraison à domicile.  

Juliette: Pouvez-vous expliquer à nos auditeurs l’idée de FillGood?

Stéphanie: Les clients peuvent commander le produit en ligne. Au départ, ils achètent un récipient qu’ils peuvent remplir ensuite à nouveau. Je livre les commandes à domicile, bien sûr, afin d’éviter les emballages inutiles. FillGood est une entreprise locale ce qui fait que je ne livre pour l’instant que dans la Baie de San Francisco. Je souhaitais que la solution soit facile pour mes clients. La seule chose dont ils doivent se préoccuper est de laisser les récipients vides sur le pas de leur porte pour que je puisse les récuperer, les laver et les remplir à nouveau.

Juliette: C’est un peu l’ancien modèle de livraison du laitier.

Stéphanie Tout à fait! C’est exactement ce modèle équipé d’un site internet et d’un peu de technologie.

L’entreprise FillGood a deux objectifs principaux: réduire les déchets plastiques en éliminant les emballages jetables et offrir uniquement des produits sûrs. Stéphanie nous confie que l’industrie cosmétique n’a pas un système de régulation stricte. Beaucoup de produits chimiques toxiques sont encore présents dans des recettes  présentées comme “naturelles”. Stéphanie appelle cela le “green-washing”

Stéphanie: Le problème des déchets plastiques générés par la consommation n’est pas encore intégré dans la philosophie de développement durable des entreprises.

Juliette: C’est là que tu interviens.

Stéphanie: Je vérifie tous les ingrédients, un par un. J’ai aussi contacté les fabricants pour m’ assurer qu’ils mentionnaient tous les composants de leurs produits sur les emballages. Pour l’instant, je propose à mes clients un savon liquide et quelques produits de nettoyage. Je débute avec une petite sélection d’articles. J’espère que l’offre va se développer rapidement.

Les Américains génèrent environ deux cent cinquante millions de tonnes de déchets et en recyclent et compostent seulement ⅓. Recycler n’est pas une solution à long terme. Chacun doit réaliser que l’objectif ultime serait de ne plus utiliser de plastique. Stéphanie nous donne une règle pour cela: la règle des 4 R. En premier,  Réduire la consommation de produits dont on n’a pas besoin. Ne pas utiliser de sacs plastiques dans les commerces. En second, Réutiliser, par exemple les chaussures, les vêtements et les téléphones. En troisième lieu, Récuperer les objets qui ne peuvent être recyclés et enfin, Recycler. Stéphanie nous dit que recycler devrait être l’ultime option.

Juliette: Quand je mentionne les déchets plastiques, je parle des déchets de plastique à usage unique car ce sont vraiment ceux qui n’ont plus lieu d’être. Ce sont les objets que vous n’utilisez qu’une seule fois, pour une courte durée, et que vous jetez ensuite pour les remplacer par un nouvel exemplaire, de façon répétée. Aux Etats-Unis uniquement, par exemple, une personne seule consomme quarante milliards d’ustensiles en plastique par an. Ils ne sont pas recyclables et vont donc directement à la décharge. Cinq cent millions de pailles en plastique sont consommées par jour aux Etats-Unis. Cinquante milliards de bouteilles en plastique sont écoulées par an dans ce même pays. Quand nous songeons aux bouteilles en plastique, je suis certaine que les gens pensent qu’elles sont recyclables.  Cette pensées erronée ne résout pas le problème de leur usage. Actuellement, seulement 23% de ces bouteilles sont effectivement recyclées. L’industrie du recyclage n’est pas une solution à long terme car elle dépend de différents facteurs que nous ne gérons et ne contrôlons pas.

Juliette: Comme?

Stéphanie: Comme le prix du pétrole…Quand le pétrole est bon marché, il est moins coûteux de produire du plastique neuf que d’utiliser du plastique recyclé. C’est un business, un marché. Si ce n’est pas rentable de recycler le plastique alors les entreprises ne le recycleront pas.

Nous pouvons être des acteurs de changement, dans nos vies quotidiennes, en prenant de petites décisions pour réduire notre “empreinte plastique”. Nous pouvons, par exemple, transporter couteau et fourchette dans notre sac et informer les restaurateurs que nous n’avons pas besoin d’ustensiles en plastique.  

Stéphanie: Il y a quelques objets problématiques que j’ai totalement bannis de ma vie et honnêtement, ce n’est pas une démarche difficile. Les sacs plastiques, par exemple. Mettez-en quelques-uns dans votre voiture et dans les endroits où vous y auriez accès facilement. Vous pourrez obtenir des sacs réutilisables en allant  à une conférence, par exemple. Chacun nous donne en effet, des brochures dans des sacs multi-usages. Au supermarché, également. Il y a de nombreuses opportunités de les obtenir donc gardez-les et placez-les dans votre voiture, à la maison et sur votre lieu de travail. Ainsi, vous serez certains d’en avoir toujours à portée de main lorsque vous achèterez quelque chose.   

Juliette: Ou munissez-vous de larges sacs a mains, comme je le fais généralement.

Stéphanie: Vous pouvez également faire cela mais alors les sacs deviennent lourds et cela fait mal de les porter. C’est pour cela que je parlais d’avancer pas à pas car il y a beaucoup de comportements à ajuster. La démarche n’est pas compliquée mais procédez à un changement à la fois seulement. Pendant deux semaines, par exemple, faites attention aux ustensiles en plastique et les deux semaines suivantes, aux sacs en plastique.  

C’est ainsi que le changement se produit. Il s’agit de modifier un comportement à la fois dans sa propre vie. Stéphanie nous confie que sa mission est de transformer les habitudes des gens, un produit à la fois. Mais c’est difficile.

Stéphanie: Vous savez, nous vivons dans un monde où les gens sont très occupés et ils continuent à se comporter de la façon dont ils se sont toujours comportés. Il est difficile de modifier un comportement. Personne ne leur dit qu’ils pourraient se comporter différemment et de façon meilleure. C est compliqué. L’autre problème est de trouver des marques, des fabricants qui sont prêts à changer la façon dont ils vendent leurs produits. Il s’agit d’accepter ce nouveau modèle de remplissage et de vendre en grandes quantités. Il y a de plus en plus de magasins qui proposent la vente en vrac autour du monde et pas uniquement aux Etats-Unis. J’entends souvent de nouveaux exemples de points de vente en France, au Royaume-Uni et en Europe en général. Ce mouvement est né, tout petit et est en train de grandir.

Juliette: Oui, je pense qu’il s’agit d’un mouvement et que nous pouvons tous procéder à de petits changements qui auront un impact considérable sur le monde. Qu’est-ce qui t’a motivée à devenir une actrice de changement? Quel évènement déclencheur s’est produit dans ta vie? Quand est-ce que tu t’es dit que tu voulais vraiment agir parce que tu pensais que c’était vital pour la planète?

Stéphanie:C’est une démarche qui a toujours été très importante pour moi. Quand j’ai déménagé dans la région, il y a près de trois ans, tout a changé, pour moi. Nouveau pays, nouvelles relations et nouvelle culture et depuis que je suis ici, je suis entourée d’entrepreneurs. Leurs projets sont humbles ou plus importants. Mon mari est entrepreneur depuis dix ans maintenant. A un moment donné, l’idée m’est venue presque naturellement. Je me suis dit que je voulais réaliser un projet d’entreprenariat aussi. Il m’a fallu un peu de temps afin de savoir exactement quel projet concrétiser.

Juliette: Que recommanderiez-vous aux auditeurs qui souhaitent également provoquer un changement positif dans la société?

Stéphanie: Dans leur propre vie, tout comportement peut être modifié. La seule règle est de procéder à ces changements  progressivement sinon c’est paniquant et vous aurez l’impression que vous ne pourrez jamais vous y tenir. Tout comportement peut être modifié, pas à pas, un pas à la fois. Essayez certaines choses et voyez si cela fonctionne pour vous et ensuite modifiez un comportement. Cela doit venir d’un besoin personnel. Vous sentirez que quelque chose vous manque, vous aurez une idée et vous penserez pouvoir la concrétiser. Ça doit être personnel. Ensuite vous en parlerez aux personnes autour de vous. Vous verrez ce qu’elles pensent de vos idées et vous communiquerez également avec ceux qui travaillent dans le même domaine que vous. Si vous êtes dans la Baie de San Francisco, les personnes qui travaillent dans le secteur de l’environnement ne manquent pas, donc la démarche est plutôt facile.

Juliette: Et Si quelqu’un ne comprenait pas votre idée, passez à l’interlocuteur suivant.

Stéphanie: Oui, c est vrai.

Stéphanie: Nous avons beaucoup d’opportunités de consommer moins et de consommer mieux. Je pense que c’est une idée à laquelle nous devons réellement songer et que nous devons intégrer dans notre quotidien.

Juliette: Je suis entièrement d’accord avec toi. Merci Stéphanie et nous te souhaitons beaucoup de succès dans tes affaires.

Stéphanie: Merci. Merci.

Ma rencontre avec Stéphanie Regni de FillGood et Robert Reed de Recology a complètement changé ma perception des déchets plastiques. Les scientifiques prédisent que nous aurons plus de plastique que de poissons dans nos océans en 2050. Je ne souhaite pas contribuer à cela. J’ai donc décidé de modifier mes habitudes de consommation en prêtant encore plus d’attention aux emballages plastiques. J’envoie des courriels aux entreprises pour leur faire savoir qu’elles ne devraient plus utiliser de plastique. J’ai acheté des pailles en bambou et j’évite d’utiliser celles en plastique. J’essaie de rendre ma maison totalement dépourvue de plastique. Nous devons tous prendre part à la création d’un monde sans plastique. Vous pouvez commencer par acquérir des sacs, des tasses de café et des pailles réutilisables, par refuser les emballages plastiques au supermarché et marché et à soutenir des initiatives locales comme celle de Stéphanie.

Dans notre prochain épisode, nous prêterons attention à l’industrie de la mode et à l’impact des déchets de vêtements  d’une génération sur l’environnement.

Vous écoutez Be Your Change, le podcast qui crée un monde dans lequel vous souhaiteriez vivre.

Notre ingénieur/technicien pour cet épisode est Peju Makun.

Notre auteur et producteur est Shuka Kalantari.

Je suis votre présentatrice et productrice exécutive, Juliette Roy.

Nous adorerions que vous rejoigniez notre mouvement. Likez nous sur facebook.com/BeYourChange. Abonnez-vous à notre newsletter BeYourChange.co et mentionnez autour de vous notre podcast. Vous pouvez obtenir plus d’informations à propos de FillGood sur notre site. Vous pouvez vous impliquer en nous envoyant vos idées de prochain épisode ou encore devenir bénévole

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